Caroussel Colombe Scneck

 

Propos recueillis par France Jaigu

Vous me disiez que vous vous étiez aperçue que vos livres exploraient la question du lien maternel…

Oui. Mes livres tournent beaucoup autour de cette question, celle du lien maternel rompu ou de la difficulté du lien maternel. Dans Une Femme célèbre, j’ai parlé de Denise Glaser qui était une femme sans enfants, et la narratrice a des difficultés avec son fils. Dans Val de Grâce, j’ai évoqué la mort de ma mère. La Réparation est l’histoire de la transmission d’un traumatisme via le lien maternel. Dans Mai 67, il est question de Brigitte Bardot, une femme qui ne désirait pas d’enfants. Finalement, mon dernier livre, qui sort en janvier chez Grasset, 40 ans après la loi Veil, est le récit d’un avortement.

C’est cette prise de conscience chez vous qui a déclenché l’envie de faire le documentaire Femmes sans enfant… femmes suspectes i ?

Non, je ne dirais pas ça. Cette envie est venue d’abord de ma difficulté à interroger mes proches qui n’avaient pas d’enfants. Du soulagement à la lecture d’un livre très beau de Linda Lê, À l’enfant que je n’aurai pas – où une femme annonçait qu’elle ne désirait pas d’enfant. Puis d’une discussion avec Martine Saada à propos de ce livre.

Encore un livre ! Pourquoi alors ne pas avoir écrit un autre livre ? Pourquoi avoir choisi la forme du documentaire ?

Avant d’écrire, j’ai fait de la télévision pendant 15 ans. J’avais aussi envie d’utiliser cet outil que je connais bien. Je n’avais justement pas envie d’écrire un livre. Si cela avait été le cas, j’aurais fait de la fiction. Or je voulais rencontrer des femmes en vrai. Si j’avais écrit un livre, je n’aurais pas pu avoir par exemple cette scène très belle où Marie-Laure parle avec sa mère. L’image a permis des surprises. Et ces surprises m’ont permis d’entrevoir la liberté de ces femmes et, j’espère, de la faire entrevoir aux autres qui verront le film.

 

i Première diffusion sur Arte le vendredi 28 novembre à 23h16.