Entretien avec Michel Grollier*.


Propos recueillis par Fouzia Liget.


Qu’est-ce qui conduit les mères à venir frapper au CPCT Parents ?


Le fait d’avoir au moins un enfant, de vouloir en avoir un, d’en avoir eu ou perdu un et que cela ne les laisse pas en paix ! Les sujets pensent que nous pouvons les guider pour rectifier le ratage de cette rencontre avec l’enfant, ou bien viennent témoigner combien ce ratage les renvoie au ratage général qui fait la place du sujet dans le langage. Certains sujets sont enfermés dans leur « être mère », et cela se résume à une problématique qui vient de l’extérieur faire obstacle à la réalisation de cette existence que soutient le signifiant mère. L’enfant, le père, l’Autre, vient faire rater cette réalisation identificatoire à la mère.
Mais d’autres en viendront rapidement de la question de l’enfant à celle de ce qui oriente leur jouissance de femme, et au ratage qui s’y rattache. Par exemple, pour l’une : pourquoi toujours des compagnons lâches qui la délaissent ? Sa position de mère se déduisant alors comme reste de cette position féminine, un reste qui l’encombre d’autant plus qu’elle ne change rien à ce qui fait jusqu’alors destin pour elle. Être mère comme lot de consolation ?
Nous voyons ainsi se succéder des sujets qui se présentent sous un même signifiant mais qui ne sont jamais attrapés de la même façon par celui-ci.


Quels effets le dispositif du CPCT a sur les plaintes initiales ?


Pour les sujets les plus fragiles, il s’agit de décoller le sujet de ce qui le contraint dans un collage imaginaire, conditions d’existence de ce qui vient le fragiliser, d’inventer avec le sujet un « être mère » qui soit un minimum indépendant de l’objet qui se présente comme justifiant cette existence, l’enfant. C’est en effet une véritable invention pour ceux qui, hors discours, se doivent de supporter le signifiant de leur être par des liens fragiles. Elles restent en effet en appui sur l’objet de cette existence, ce qui fait signe, l’enfant. Être mère se révèle alors comme un traitement du drame existentiel de chacun, nouage désespéré par un objet que le sujet tente d’aliéner. Traitement quasi impossible, puisque mettant en cause un autre sujet, tout aussi imprévisible que celle qui s’en veut la mère.
Pour certaines, c’est une invention qui leur permet de se reconnaître comme mère, même face à la résistance du partenaire qui devrait les soutenir à cette place.
Pour d’autres enfin, c’est la mise en question de ce qui leur revient dans cette construction, voire dans cette décision d’être mère. Il est notable que chaque petite invention du sujet accompagné par le CPCT produit des effets sur son partenaire, à savoir l’enfant !


Avez-vous des retours des partenaires sociaux qui sont en lien avec le CPCT ?


Bien sûr ! La mise au travail des sujets et les modifications induites dans l’inscription sociale constituent ce qui semble le plus impressionner les partenaires. Loin des tentatives de médiations, d’accompagnements éducatifs, de conseils parentaux, notre action révèle la responsabilité des sujets et leurs capacités à en tirer des conséquences. De fait, cela induit des demandes de participation à des échanges avec leurs équipes, des rencontres où sont interrogées les bases de notre action, un intérêt renouvelé pour la psychanalyse, loin des poncifs circulant dans le discours ambiant.


En tant que psychanalyste et homme, que vous ont enseigné ces femmes sur être mère aujourd’hui ?


Que cela reste un enjeu pour tout sujet, loin de la question même de faire un enfant. Cela ouvre aussi la question du féminin et de la jouissance, être mère ne bouchant pas la question pour le sujet. Même si les sujets les plus fragiles tentent de suivre cette voie, les autres viennent témoigner combien, au-delà de la maternité, se profile la question singulière de chacune : comment y faire ? Freud avait bien repéré ce qui soutient cette tentative du sujet féminin dans la logique phallique, mais cela se fait chacune à sa façon, et toujours avec un reste plus ou moins mis en avant et parfois utilisé. Lacan nous a orientés du pas-tout, et Jacques-Alain Miller a insisté sur le Un qui doit bien finir par savoir y faire ! Ces femmes m’ont indiqué la difficulté à se diriger vers une solution qui réponde à ce savoir y faire avec le signifiant mère, à défaut d’un engagement dans la psychanalyse où peut se bricoler pour chacun sa boussole.


Merci Michel Grollier d’avoir joué le jeu de l’interview et offert à nos lecteurs quelques trésors d’enseignements que recèle le CPCT Parents de Rennes. À suivre !


* Michel Grollier est directeur du CPCT Parents de Rennes.